Changer d'attitudes ou de comportements ?

Changer d’attitude n’entraîne pas automatiquement un changement de comportement.

Changer d’attitudes ou de comportements ?  par Sylvie Gendreau

Changer d’attitudes ou de comportements ? par Sylvie Gendreau

Si seulement intentions et désirs suffisaient…

De manière générale, notre intention et notre désir de changer ne se traduisent qu’en de petites modifications de notre comportement.

Puisqu’il en est ainsi, il se peut que les processus mentaux à la base de l’attitude et du comportement soient différents.

Des chercheurs se sont penchés sur cette question embarrassante*.

Mais que nous enseigne la croyance populaire ?

La croyance populaire veut qu’un individu modifie son comportement s’il est persuadé de son bien-fondé. Dès lors, tout est une question de motivation et de capacité.

S’il est plus ou moins motivé, ou si sa capacité à changer est faible, il sera peu enclin à entreprendre les changements de comportement qu’il envisage.

À l’inverse, un individu très motivé et apte au changement sera porté à élaborer un plan d’action précis et efficace et amorcera les changements de comportement nécessaires.
Mais qu’en est-il si on envisage le problème sous un autre angle, et que l’on suppose d’entrée de jeu que les attitudes et les comportements font appel à des mécanismes psychologiques différents ?

Des modèles récents suggèrent que nous développons une habitude grâce à un apprentissage instrumental — un apprentissage qui tient compte de la conséquence d’un comportement avant qu’elle ne se produise — un apprentissage sur lequel les messages de persuasion ont généralement peu de prise.

Ainsi, l’idée qui veut qu’un message de persuasion puisse changer l’attitude d’un individu ne signifie pas que ce message puisse modifier un comportement. En ce qui concerne nos habitudes, l’intention de changer ne se traduit pas par un nouveau comportement. La cause véritable d’une modification d’un comportement ne dépendrait pas d’une attitude jugée faible, mais de la force avec laquelle nous faisons l’apprentissage d’un nouveau comportement.

Une expérience intéressante

Une centaine de participants se sont prêtés à trois expériences en laboratoire.

Dans chaque cas :

- Les participants ont été divisés en deux groupes.

Les membres du premier — le groupe neutralisé — ont été soumis à une procédure visant à réduire leur niveau de motivation afin de les rendre plus susceptibles d’être influencés par des messages de persuasion. Les membres du deuxième — le groupe de contrôle — n’ont pas été soumis à ce protocole.

- Les deux groupes ont ensuite écouté des messages de persuasion et leurs attitudes ont été notées.

- Finalement, les deux groupes se sont prêtés à des tâches à choix multiples et leur comportement a alors été mesuré.

L’intérêt principal de ces expériences consiste à mesurer le comportement réel des participants, et pas simplement leurs intentions de changer.

Le « groupe neutralisé » qui a participé à la première expérience, s’est montré plus ouvert au végétalisme que le groupe de contrôle. Toutefois, cette attitude d’ouverture ne s’est pas traduite par un changement de comportement. Les deux autres expériences sont venues confirmer la première.

La persuasion a moins d’effet qu’on pense !

Cette étude démontre que ce sont les habitudes qui expliquent le fait que la persuasion n’a pas le même effet qu’il s’agisse de l’attitude ou du comportement. Si nous voulons véritablement changer, ce sont nos habitudes que nous devons modifier ainsi que les processus cognitifs qui peuvent nous aider à y parvenir telles que la planification, l’organisation, l’élaboration de stratégies, et l’analyse fréquente des progrès accomplis.

Laissons donc les attitudes de côté, et concentrons-nous sur les habitudes.

Que se passe-t-il lorsque nous sommes en train de développer ou de changer une habitude ?

Lorsque nous faisons l’apprentissage d’un nouveau comportement, deux processus sont engagés simultanément :

1. Une association est faite entre la réponse à un stimulus et le résultat obtenu. Cet encodage est nécessaire afin de produire à nouveau cette réponse lorsque nous voulons à nouveau obtenir le même résultat.

2. En même temps, et indépendamment du résultat obtenu, une connexion est établie entre le stimulus et la réponse. Cette connexion est à la base du développement d’une habitude.

🚩 Le premier processus est consciemment orienté en fonction du but poursuivi lorsque nous désirons développer une habitude.

🚩 Le deuxième se met en place de manière plus ou moins automatique, selon la répétition, l’habitude se met ainsi en place progressivement.

Des recherches en neurosciences ont été menées** pour tenter d’y voir plus clair. Des tests d’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle ont été réalisés sur une cinquantaine de participants afin de déterminer les zones du cerveau concernées.

Deux régions du cerveau sont concernées : le lobule pariétal inférieur et le cortex préfrontal ventromédian.

Pour ancrer une habitude
rien de tel qu’un apprentissage !

Durant la période d’apprentissage, on peut prédire la solidité avec laquelle une habitude sera encodée selon l’activation des régions concernées.

Les habitudes les plus ancrées sont associées à une diminution de l’activité cérébrale dans le lobule pariétal et le cortex préfrontal. À l’inverse, les habitudes les plus faibles se caractérisent lorsque les deux régions concernées demeurent activées durant la période d’apprentissage.

Entre d’autres mots, lorsque le cerveau cesse de se préoccuper, ou se préoccupe dans une moindre mesure des résultats obtenus lors de l’apprentissage (types de résultats, mesures, efficacité de l’approche en fonction du but recherché, etc.), l’habitude en question est sans doute suffisamment encodée pour produire d’elle-même les effets souhaités sans que les fonctions cognitives n’aient sans cesse à vérifier et à mesurer les résultats désirés.

Les résultats de ces deux études concordent. Il ne suffit pas de vouloir changer d’attitude pour que nos comportements suivent. Tout dépend de l’efficacité avec laquelle nous développons de nouvelles habitudes. Et, dans l’apprentissage de ces habitudes, notre plan d’action (but poursuivi, actions à mener, mesure des résultats) tout autant que la mécanique répétitive avec laquelle nous encodons la nouvelle habitude ont un rôle important à jouer.

Références :

*Itzchakov, G. And all. When attitudes and habits don’t correspond: Self-control depletion increases persuasion but not behavior. Journal of Experimental Social Psychology 75 (2018) 1–10.

**Zwosta, K. And all. Habit strength is predicted by activity dynamics in goal-directed brain systems during training. NeuroImage 165 (2018) 125–137.

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