Rentrer chez soi

 
Dr. Tererai Trent, Awarkened Woman

Dr. Tererai Trent, Awarkened Woman

Quelle émotion en regardant une interview.

Des larmes dans mon café.

Mon histoire n'a rien à voir avec l'histoire de cette femme... quoi que.

Pour le contexte...

J'ai toujours été une rêveuse.

Timide, introvertie et rêveuse.

Ma plus grande chance a été d'avoir une mère extraordinaire.

Sage. Généreuse. Aimante.

Son mantra était... si tu le veux, tu le peux.

L'image que je projetais était celle d'une grande douceur et d'une sensibilité à fleur de peau.

Un regard accentué, un reproche, un acte un peu violent... et j'étais anéantie.

Douceur et sensibilité

Deux traits de caractère (en apparence) à l'opposé de l'indépendance, l'autonomie et la force nécessaires pour s'affranchir d'une certaine condition.

N'eût été ma mère, j'aurais problablement suivi les traces de mes sœurs : mariage, enfants, emploi régulier.

Mais j'avais un rêve.

Sortir d'une condition.

Pas seulement pour moi, mais également pour les autres.

Parce que la vie autour de moi me semblait trop limitée... alors qu'après avoir vu un film ou lu un livre... j'imaginais tout le potentiel qu'une vie pouvait avoir.

Cette semaine Marie Forleo a reçu le Dr. Tererai Trent, l'auteure du best-seller Awakened Woman.

Tererai est une femme qui vient d'une lignée de femmes qui ont vécu dans une grande pauvreté au Zimbabwe. À 14 ans, elle a été mariée à un homme qui lui a fait quatre enfants avant ses 18 ans.

Quatre enfants alors qu'elle était elle-même une enfant.

De génération en génération, les femmes se passent un bâton de misère et de pauvreté. Pendant des générations... ces femmes ont subi, en silence, le sort de victimes n'ayant droit ni au respect ni à l'indépendance ni à la liberté.

Le rituel du cordon
Dans son pays, lorsqu'un enfant naît, après avoir coupé son cordon ombilical, on l'enterre...  pour qu'il n'oublie pas d'où il vient.

Un beau jour...
...une Américaine, de passage, a réuni quelques femmes pour leur demander quels étaient leurs rêves.

Des rêves ?
À 22 ans, Tererai avec sa famille nombreuse, vivant dans une grande pauvreté, abusée depuis tant d'années, ne pensait même pas qu'elle avait le droit de rêver. Elle ne répondait pas.

Mais l'Américaine a insisté et toi Tererai, quel est ton rêve ?

D'une voix étouffée à peine audible, elle a répondu :
 
« Je rêve d'aller en Amérique et d'obtenir une maîtrise, un PhD et d'être indépendante et libre. »

Comment pouvait-elle avoir un tel rêve ?

Elle avait vu des Américaines avec leur sac à dos, leurs livres et leur lunette... passionnées, indépendantes et engagées.

C'est en observant ces femmes étrangères que Tererai avait entendu les expressions maîtrise et doctorat.

Elle voulait être comme ces femmes. Elle voulait des livres et des diplômes.

Fou, non ?
Elle n'avait même pas sa scolarité élémentaire... n'importe quoi !

L'Américaine l'a regardée dans les yeux, avec sérieux, et lui a dit : ton rêve est atteignable. Si tu y crois et que tu es prête à travailler pour le concrétiser.

C'était la première fois que Tererai comprenait qu'elle pouvait poursuivre un rêve pour elle-même.

Émerveillée, elle a raconté à sa mère cette rencontre incroyable et lui a confié ses rêves.

Sa mère lui a conseillé de les enterrer comme on le fait avec le cordon ombilical.

Tu dois redéfinir ta vie et ne pas oublier qu'on s'est transmis un bâton de pauvreté de génération en génération. En te sortant de ta condition, tu as aussi la responsabilité de passer un nouveau bâton d'indépendance et d'autonomie pour que d'autres femmes puissent suivre tes traces.

Elle a écrit ses quatre rêves et les a lus à sa mère :

  1. Aller en Amérique

  2. Obtenir un baccalauréat.

  3. Obtenir une maîtrise

  4. Obtenir un doctorat


Sa mère lui a dit, c'est très bien. Mais tes rêves auront beaucoup plus de sens et de puissance s'ils sont attachés à l'amélioration de ta communauté.

Tererai a ajouté un cinquième rêve :

« Quand j'aurai réussi, je veux contribuer à améliorer la vie des filles, des femmes, des individus de ma communauté pour qu'ils n'aient pas à subir les mêmes épreuves que moi. Je veux revenir construire des plateformes et des écoles pour qu'ils puissent avoir de meilleures vies. »

Tererai Trent est une femme vibrante et une conteuse extraordinaire.

Oprah a déclaré que ses interviews avec elle sont ses préférées.

J'étais émue... en regardant cette vidéo avant de vous écrire.

En 2006, j'étais de passage à l'Université Cambridge en Angleterre.

Un jour d'automne, la lumière était belle, sous les pierres du campus, j'ai écrit mon rêve et je l'ai enterré. Une idée folle. Comme ça. 

Sur mon petit papier, j'ai écrit en vitesse quelque chose qui ressemblait à créer une entreprise où nous réinventerons les façons d'apprendre et de créer pour améliorer les liens entre nous et la vie de tous ceux qui y participent

2006.

Cela fera bientôt treize ans.

Honnêtement, j'ai pensé parfois (même souvent) abandonner.

Tant de personnes n'y ont vu que de l'utopie.


Mais c'était un rêve.

Une pulsion. Une impulsion.
Il y a eu tant de détours, de retours, de circonvolutions.

En 2009, j'ai écrit cette mission : Les Cahiers de l’imaginaire s'écrivent chaque jour, s'inventent chaque minute, nourris des intentions poétiques des créateurs, de l'imagination des regardeurs, de la nécessité du sensible et du bon usage de l'Art pour mieux vivre ensemble.  Des cahiers qui nous font entrer dans l’intimité de l’autre dont le récit, le dessin ou l’objet devient un rendez-vous avec soi-même. Un lieu d'art à la fois intime et collectif, un studio nomade de création pour imaginer et co-créer un monde convivial.

En chemin... j'ai compris qu'il fallait commencer de manière microscopique.

Une petite chose à la fois. Et faire un petit ✔️ pour s'encourager.

Et passer à la petite chose suivante.

Ce qui décourage, c'est de constater l'énormité du travail lorsqu'on se sent loin du but à atteindre.

C'est de trouver un autre genre de gratifications.

Où comme le dit pertinemment le Dr. Tererai Trent :  « Lorsque nous recherchons la gratification immédiate, faisant des choix (ou ne faisant pas les choix) qui nous rapprocheraient de nos rêves.

La leçon ?

Chaque jour, revenir à soi, rentrer chez soi, pour ne pas oublier de se reconnecter à son rêve moteur.

Donc, en ce 8 mars, si cette femme magnifique a pu accomplir ce chemin, nous le pouvons aussi. Et n'hésitez pas à faire suivre ce message à toutes les femmes que vous aimez, à toutes les mères qui se dévouent pour leurs enfants, à toutes les femmes qui nous ont permis d'atteindre ce niveau d'indépendance et de liberté... et nous ne sommes qu'au début du chemin.

En respectant leur nature véritable, les femmes, respectées et laissées libres, pourront s'épanouir et contribuer à apporter douceur et sensibilité... à ce monde qui en a tant besoin.

Enfilons nos bottes de sept lieues... et poursuivons la route ensemble

À vos rêves,

PS Quels rêves pourriez-vous enterrer aujourd'hui ?  Dans l'atelier Dessinez votre futur, c'est le travail que nous faisons, nous allons chercher nos rêves, on remet les horloges à l'heure et ensuite on met en place un super système pour les concrétiser. Cela fait seulement deux ans que j'ai mis ce système en place et j'ai l'impression de faire des pas de géants. J'ai enfin trouvé mes bottes des sept lieues.