L'anomalie

 
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Avez-vous remarqué l'anomalie dans mon message d'hier ?

Elle se trouvait dans la citation de Goethe.

Il y avait le mot créativité.

Un mot inventé bien après le décès de Goethe.

En fait... cela peut être une anomalie causée par l'interprétation d'un traducteur.

Vous vous souvenez du film Lost in Translation.

Goethe est un poète qui carbure à l'Émotion et à l'Intuition. ll aurait peut être pu écrire quelque chose de semblable, mais il l'aurait écrit différemment.

Ce que j'aime, c'est que Bernard ait lu ce texte et ait pensé à nous !

Cette interprétation du texte ressemble à un texte qu'on diffuse en développement personnel. Pour tout vous dire, j'ai fait mes recherches, ce texte et son usage m'apportaient un bel exemple à vous présenter.

Il s'agit, en effet, d'un texte très répandu... dans les milieux du développement personnel.

Une personne s'est peut-être dit que cela serait plus convaincant si Goethe avait écrit ceci ainsi. Et depuis, tout le monde republie ce texte.

L'anomalie devient la norme.

Le message n'en demeure pas moins intéressant et pertinent.

Mais est-il vrai ?

Cela pourrait être également une anomalie du type téléphone arabe.

Quand j'enseignais la communication, je commençais mon cours ainsi :

J'écrivais une phrase de trois mots sur une petit papier, je la faisais lire à l'étudiant assis au premier pupitre à gauche.

Chacun avait la mission de répéter le message à son voisin.

À la fin, l'étudiant assis dans la première rangée à droite se levait pour dire la phrase à voix haute.

Pas une seule fois, la phrase est revenue intacte.

Nous ne sommes qu'interprétations.

On pense comprendre l'autre.

Mais chacun est unique.

Nous mettons tous des choses, des symboles, des images derrière chaque mot.

C'est la raison pour laquelle nous ne communiquons jamais trop.

Communiquer, c'est partager nos interprétations.

En tant que prof, il est naturel que je demande à mes étudiants de vérifier leurs sources.

Ce n'est pas parce qu'on l'a lu sur Internet que c'est la vérité.

Ce n'est pas parce qu'on l'a lu dans un livre que c'est la vérité.

Chercher la vérité n'est pas une mince affaire.

On essaie, on fait de notre mieux.

L'important c'est d'être honnête avec soi. 

Chacun, d'une certaine manière, a sa propre interprétation de la vérité.

Être conscient des histoires qu'on se raconte est important.

C'est un travail à la fois difficile et intéressant, un travail que l'on fait dans le programme Ma vie telle que je l'imagine.

Chercher sa vérité veut également dire ne pas prendre pour acquis tout ce qu'on nous dit.

La plupart des choses qu'on nous dit sont des interprétations.

La vie est comme une grande scène de théâtre.

Chacun joue son rôle. Certains le font avec plus d'authenticité.

Goethe a écrit à propos de sa poésie :

« Mes travaux sans exception, et donc aussi mes poèmes de peu d'étendue, répondent à la même exigence : tous m'ont été inspirés par une circonstance plus ou moins importante et ont été composés en liaison avec la perceptionimmédiate de quelque objet  (...). »

Tout n'est que perception et interprétation.

C'est ce qui rend le travail fascinant dans l'atelier Méditer pour Créer.

Nous travaillons sur nos perceptions et interprétations.

Il y a l'intelligence intuitive et l'intelligence incarnée.

C'est l'arrimage des deux qui apportent, peu à peu, plus de résilience.

PS Lorsqu'on demande à des criminels notoires s'ils comprennent le tort qu'ils ont fait, la plupart se sentent incompris. C'était le cas de Al Capone. Nous sommes les histoires que nous nous racontons.