L'ennui

 
Photo par Niklas Hamann, Unsplash

Photo par Niklas Hamann, Unsplash

Le thème de cette semaine, votre réputation, a fait écho à une discussion que Céline a eue avec une collègue.

« Je suis dans une phase où je m’ennuie terriblement au travail. J'ai essayé d’en discuter avec mon manager, mais celui-ci n’est pas à l’écoute.

En discutant avec cette collègue, elle m’a dit qu’un jour son manager lui avait dit :

Un manager n’aime pas les problèmes. Il y a 
3 types de personnes :
 

  1. Celles qui vont signaler qu’il y a un problème.

  2. Celles qui vont signaler le problème et demander ce qu’on peut faire pour le résoudre

  3. Celles qui signalent le problème et proposent une solution, voire l’ont déjà résolu.

La troisième catégorie de personnes sera toujours la plus valorisée ».

Ma collègue m’a aussi dit que c’était à moi à 
prendre ma carrière en main, même si ça risquait probablement de ne pas plaire à la société. Ça m’a fait réfléchir parce que même si je sais que mon manager n’est pas à sa place (il le dit lui-même, il ne voulait pas être manager, il ne sait pas comment communiquer et gérer l’humain), je peux quand même reprendre mon « destin » en main. Et cela passe par mon comportement et donc, la réputation que je me crée

L’atelier « 
méditer pour créer » m’aide beaucoup, je me trouve plus calme et sereine depuis, et j’ai l’impression d’attaquer ce mois d’avril avec une nouvelle énergie créatrice et surtout positive. »

Avant tout, merci pour ce témoignage sur l'atelier !

Le message de Céline m'a rappelé un souvenir. Parmi mes premiers emplois, j'ai travaillé dans une agence de publicité. Les premiers mois ont été galvanisants. Je suis passée d'assistante à directrice d'un compte de plus d'un million de dollars. J'avais 22 ans. Décrocher un emploi dans cette agence réputée alors que je n'avais pas d'expérience a été une chance inouïe.

C'était à moi de faire mes preuves. J'ai obtenu une promotion tous les deux mois en m'occupant de projets passionnants jusqu'au jour où l'agence a eu moins de contrats. Je me suis retrouvée seule avec un supérieur qui souffrait d'alcoolisme.

Cet homme a joué un rôle important dans ma vie. Il a été un de mes premiers mentors. Intelligent, cultivé, sensible, je lui dois énormément. Malheureusement l'alcool a fini par le détruire... les déjeuners d'affaires se prolongeant, des soirées arrosées, des événements où l'alcool coulait à flots, ce n'était pas un milieu facile pour combattre une telle addiction.

Mon patron participait à des réunions et à son retour il me déléguait ses dossiers... bien sûr, l'information était insuffisante et approximative, il avait oublié certains détails clés. Il était très difficile de définir des stratégies dans ces circonstances.

En lisant le message de Céline, j'ai repensé à cette période de ma vie où j'ai vécu les deux extrêmes.

Des défis merveilleux à relever pendant plus de deux ans, puis l'ENNUI.

L'agence a perdu des clients à cause d'un changement politique, dont mon compte. Je m'occupais (au mieux) des dossiers du grand patron que je rattrapais in-extremis... mais c'est l'époque où j'ai commencé à compter les heures.

 Je me souviens des après-midis où je n'avais qu'un désir... sortir enfin de ce bureau.

Je peux comprendre ce que Céline ressent... et elle n'est certainement pas la seule, peut-être vous ennuyez-vous également à votre travail.

Je ne m'ennuie jamais... mais je me souviens de cette brève période où je regardais l'heure plusieurs fois par jour... ma vie a bien changé depuis. Le temps passe, au contraire, toujours trop vite. Je voudrais négocier deux jours en un... mais cela sera le propos du week-end, Daniel a préparé un petit message qui va clore à merveille cette série sur la réputation !

En fait, Céline a une chance inouïe.

L'ENNUI offre un grand avantage : du temps pour réfléchir à ce que nous voulons faire de notre vie. Et cela est magnifique.

Après cet emploi, j'ai pris des décisions importantes : poursuivre des études, écrire, entreprendre. J'ai su que je prendrais ma carrière en main. J'avais trop aimé ces projets et promotions en série...

... j'ai eu beaucoup de chance de croiser cet homme qui m'avait dit en m'embauchant : « Certains jours, je te demanderai d'accomplir des tâches qui ne te conviendront pas, elles seront bien en-deçà de ton potentiel. Je te demande de les faire avec le sourire (sans frustration). Tu es ici pour apprendre, il n'en tient qu'à toi, d'occuper un poste bien plus important que le mien. Plus tu me prouveras que tu peux prendre des responsabilités, plus je te confierai des dossiers importants, je t'ouvrirai des portes. »

Comment ai-je pu obtenir autant de promotions en si peu de temps ?

Je me rendais utile. Je ne travaillais pas directement pour l'homme qui m'avait embauchée. Je travaillais pour un vp. Je préparais ses dossiers avant une réunion, je faisais des recherches, je rédigeais des notes, des synthèses, je rangeais son bureau... plus je pouvais l'aider, bien connaître les dossiers, le conseiller, plus j'apprenais.

Je prenais le plus d'initiatives possibles pour améliorer sa qualité de vie et le libérer de ses responsabilités. Avant ses réunions, il avait tout le matériel prêt pour prendre de bonnes décisions, réussir ses présentations et faire une bonne impression

Entre moi et lui, il y avait plusieurs niveaux hiérarchiques. Jamais je n'ai imaginé qu'une année plus tard, je prendrais la place de cet homme. J'ai été sous le choc lorsqu'on m'a offert le poste.

La réputation, la vraie, n'est pas tant un affaire de mots, qu'une affaire d'actions et de résultats.

À cette époque, ce qui m'a le plus aidée a été de me rendre utile. Par gentillesse (on y revient), et par curiosité, pour apprendre. Mais si l'homme qui m'a embauchée (le grand patron) ne m'avait pas observées et soutenue, peut-être ces promotions ne m'auraient jamais été offertes.

Ma questilon ? Est-ce qu'une culture (d'entreprise par exemple) peut empêcher une personne d'exprimer sa vraie nature ?

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