Ne plus croire en l'amour

 
Photo : Everton Vila, Unsplash

Photo : Everton Vila, Unsplash


Hier, j'ai fait une course près de chez moi.

Lorsqu'on fait ses courses dans son quartier, les commerçants et leur personnel deviennent un peu nos amis.

On les voit souvent. On échange de petites histoires. On sympathise.

Anne, une belle et élégante fille noire de 24 ans m'a demandé ce que je faisais le 14 février.

Je lui ai répondu que pour moi, c'était la Saint-Valentin tous les jours.

Elle m'a regardée d'un air étonné. 

— Ah ! C'est beau. Moi aussi, je crois encore en l'amour.

Comme s'ils s'agissait d'une chose étrange et rare.

Anne m'a confié qu'elle n'avait pas de compagnon (pour le moment). Parce qu'elle croit en l'amour.

— Ne te presse pas, attends l'amour, tu verras cela en vaut la peine. 

— Tu es bien la seule à me dire cela. On me reproche d'être encore célibataire.

— J'ai toujours pensé qu'il valait mieux être seule que mal accompagnée.

— C'est ce que je pense aussi. Mais aujourd'hui, on ne croit plus en l'amour. À la première petite mésentente, les couples se séparent.

— Je pense qu'il faut rencontrer la bonne personne. Ne pas se presser de peur d'être seule. Avoir la patience d'attendre le déclic.

Anne m'a fait un sourire resplendissant.

En quittant la pharmacie, je lui dit :

— Tu verras, le jour où tu le rencontreras, ce sera une évidence. Et ce jour viendra, sois confiante.

J'ai repensé à Anne en rentrant chez moi.

Est-elle la porte-parole de sa génération ? Serait-il possible qu'on ne croit plus en l'amour ?

Quelques heures plus tard, je recevais de la part d'un membre de notre tribu, Jean-Marie (que je remercie), le lien d'une interview sur France Culture de Guillaume Erner avec une sociologue que j'aime beaucoup, Éva Lllouz.

Éva vient de publier un livre que je n'ai pas encore lu (mais cela ne saurait tarder), Les marchandises émotionnelles.

Voici le lien pour ceux et celles que le sujet intéresse :
https://www.franceculture.fr/emissions/linvite-des-matins/lamour-est-il-lopium-du-peuple

Les plus belles histoires d'amour ne sont-elles pas celles qui durent le plus longtemps ? Hélas, ces longues histoires d'amour seront de moins en moins possibles selon la sociologue.

Comme le dit Éva :  « Dans notre culture, l'idéal de couple qui dure jusqu'à 90 ans, est devenu quasiment impossible, car nous avons d'autres idéaux : l'autonomie, la variété, l'accumulation d'expériences. »

C'est un choix !

« On a fait le choix collectif de la liberté sexuelle, ce qui est un choix très important, mais cela ne nous rend pas plus heureux, et pas plus susceptibles d'aimer et d'aimer longtemps. »

« Plus on a de choix et moins on choisit, car on devient confus, on a trop d'informations. On n'arrive plus à savoir comment évaluer les différences. C'est la même chose en ce qui concerne les choix romantiques. »

Cela m'a rappelé mon billet d'il y a quelques mois : Apprendre à choisir.

Anne aurait donc raison ! De moins en moins de personnes auront la chance de vivre de longues histoires d'amour.

Me voilà un peu nostalgique. Et triste pour eux.

C'est une analyse juste et logique. Je suis d'accord avec Éva.

Mais en même temps, je ne peux m'empêcher de croire que pour certains, il sera toujours possible de vivre de belles et longues histoires d'amour.

Surtout pour ceux et celles qui apprendront l'important soft skill que représente apprendre à choisir (et qui l'enseigneront à leurs enfants).

C'est d'ailleurs un des cours de La Nouvelle École de Créativitécomment choisir la meilleure idée?

Apprendre à choisir avant d'entreprendre un projet est un art.

Apprendre à choisir ses amis et ses fréquentations.

Apprendre à choisir sa vie.

Les personnes qui ne choisissent pas ont du mal à approfondir des sujets, des relations, elles passent d'une idée à l'autre, d'un projet à l'autre, d'une personne à l'autre, d'un médium à l'autre.

À force de rester à la surface des choses, cela donne le tournis, et tout ce que l'on récolte, c'est de la confusion

Créer, c'est choisir.