LES PERSONNAGES

 
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PRÊT POUR LA DEUXIÈME LEÇON ?

Aujourd'hui, vous allez choisir les personnages de votre histoire.

Dans son ouvrage Bird by Bird, Anne Lamott, une auteure qui donne des ateliers d’écriture aux États-Unis, la fille de l’écrivain, Kenneth Lamott, raconte l’histoire de son frère qui devait écrire un essai sur les oiseaux alors qu’il avait dix ans. Les élèves avaient eu trois mois pour faire ce travail dû pour le lendemain, mais son frère n'avait encore rien écrit.

La famille était dans la cabine à Bolinas. Sur la table de cuisine, des livres sur les oiseaux et son frère en état de panique qui était proche d’éclater en sanglots. Son père s’est assis à ses côtés, a passé son bras autour de ses épaules et lui a dit : 

« Bird by bird, buddy. Just take it bird by bird. »

Un oiseau à la fois… j’aime bien cette anecdote, car l’immensité de la tâche peut faire paniquer. Or cette semaine, ce sera une petite mission chaque jour et vous aurez le premier jet d’une nouvelle à la fin de la semaine. Sera-t-elle définitive ? Probablement pas, ce sera encore un premier jet que vous pourrez améliorer ou même réécrire, mais ce sera une histoire !

Et même si vous n’aspirez pas à écrire de nouvelles ou de romans, cet exercice est très intéressant pour améliorer vos compétences en communication.
 
Nous avons tous besoin, un jour ou l'autre, de raconter une bonne histoire… aussi bien apprendre les rouages pour bien le faire.

Au départ, il y a deux approches :

  1. Suivre un plan.

  2. Laisser émerger.


Pour cet atelier, je retiens la deuxième approche.

D’une part, parce que la première, je l’enseigne dans Réussir son blog, et j’ai une grille détaillée. Il y a des façons d’écrire pour intéresser nos lecteurs et j’encourage tous mes étudiants à se former au storytelling. Je vois ces deux ateliers comme complémentaires.

La première fois qu’on m’a approchée pour enseigner la créativité, j’ai été un peu décontenancé. « Cela s’enseigne ? » ai-je demandé. 

L’avantage qu’on soit venu me chercher ? J’avais carte blanche. D’ailleurs difficile de travailler autrement pour moi. Cela voulait dire que je n’avais pas besoin de suivre un plan ou d’enseigner la créativité comme on l’enseignait ailleurs.

J’étais libre d’imaginer ce qui aiderait le plus mes étudiants, à partir de mes intuitions et expériences, j’étais libre d’expérimenter.

Pour tout vous dire, il m’est très difficile de faire un plan et de m’y tenir. Pour moi, les choses émergent en écrivant : les idées, les stratégies, les situations, les personnages… j’ai parfois l’impression que mes mains connaissent mieux le chemin que mon cerveau. Je ne sais pas qui pilote… tout ce que je sais, c’est que je dois noter rapidement. Si je m’interromps et j'y reviens deux heures plus tard, il est possible que je n’écrive pas ce que j’aurais écrit deux heures plus tôt.

Puisque je pratique cette approche depuis des lustres, il n’est donc pas étonnant que j’aie un peu paniqué à l’idée d’enseigner une telle méthode. Après avoir enseigné le lâcher-prise… on fait quoi ?

Il n’y a rien d’original dans ce que je suis en train de vous dire. Plusieurs auteurs vous diront la même chose, Anne Lamott compare cela à un Polaroid. C’est en écrivant que les choses émergent et elles émergent différemment selon où nous en sommes dans le processus.

Après une disparition ou un choc, notre mémoire nous vient en aide (on se souvient de choses qui émergent de nos souvenirs pour nous aider à faire face à la situation), le philosophe Michel de Certeau dans son ouvrage, L'invention du quotidien 1. arts de faire appelle cela le savoir-mémoire.

Selon notre caractère, nous orchestrons un retournement. La même chose se produit lorsque nous imaginons une histoire.

Votre mission aujourd’hui consiste à choisir vos personnages.

Si votre récit est autobiographique, le personnage principal est vous, mais il y aura toujours des personnages secondaires sinon vous n’aurez pas vraiment d’histoire à raconter.

Il se peut également qu’un personnage secondaire prouve qu’il a ce qu’il faut pour devenir un personnage principal. Il émergera naturellement.

Hier, je vous disais qu’une des principales qualités à développer, c’est l’observation.

Observer les détails, les mouvements, entendre les soupirs et les silences… tout cela fait partie du travail de celui qui écrit : observer.

Votre mission est de dessiner les territoires de vos personnages. Leur âge, leur lieu, leurs occupations, leur statut… c’est la première chose que Simenon faisait lorsqu’il commençait un nouveau roman, il choisissait un nom dans l’annuaire, une adresse, un bilan de santé, son statut…

Simenon a écrit 425 livres, incluant plus de 220 fictions sous 16 pseudonymes différents et plus de 200 romans sous son vrai nom ! 

Mi-Français, mi-Belge, il pouvait écrire un livre en deux ou trois semaines intensives avec des périodes d’inactivités (littéraires) de plusieurs semaines entre ses périodes de création. Il se pesait avant et après pour savoir combien de sueur lui faisait perdre chaque livre et il avait des tranquillisants en réserve surtout pour les premiers jours où il se mettait sous haute tension. Il s’imposait de courts délais.

Pendant l’écriture d’un livre, il a déclaré qu’il ne travaillait pas toute la journée. Il se levait à 6:00 am, prenait son café et écrivait de 6:30 à 9:30. Ensuite il allait faire une longue promenade, déjeunait à 12:30 et faisait une sieste d’une heure. Dans l’après-midi, il passait du temps avec ses enfants, puis repartait faire une longue promenade avant le repas du soir. Il regardait la télévision et se couchait à 10:00 pm. 

Il se décrivait comme une machine à écrire méthodique. Il pouvait écrire 80 pages pendant une session et ne faire aucune révision ensuite (ou presque). Bien sûr, Simenon est une exception !

Ce que nous pouvons retenir toutefois, c’est que dans son cas et comme pour plusieurs créateurs dont je vous ai parlé, Simenon avait une discipline stricte. 

Le fait que nous ayons du mal à expliquer comment nous devenons très créatifs soudainement et que les choses émergent peuvent favoriser des rituels bizarres. Simenon affichait un Ne pas déranger sur sa porte et il était interdit d’entrer dans son bureau. De plus, on dit que pendant l’écriture d’un livre, il portait le même pantalon et la même chemise du premier au dernier jour.

Ce que je peux vous dire avec assurance, plus nous écrivons, plus nous en faisons une habitude, plus des choses intéressantes émergent. Serons-nous plus détendus pour autant ? NON ! 

C’est ce que j’appelle le stress créateur.

Revenons à la mission du jour : les personnages !

Si vous êtes un de vos personnages, vous devez essayer d’imaginer comment les autres vous perçoivent, décrivez ce qui vous rend unique, y compris ce que vous aimez le moins de vous. Imaginez la première impression que vous faites aux personnes que vous rencontrez pour la première fois. Et ceux qui vous connaissent depuis longtemps. Ceux qui vous aiment. Ceux qui vous détestent. Ceux que vous laissez indifférents. Si vous retournez dans votre enfance, imaginez comment les autres vous voyaient.

Ce qui plaît aux lecteurs, c’est un narrateur sympathique avec lequel il partage des imperfections, des insécurités, des doutes, des travers, des erreurs… Ce qui plaît également, c’est la sincérité… même si le narrateur est dans l’erreur tant qu’il est sincère au moment où il décrit ce qu’il pense et ce qu’il ressent, en tant que lectrice, je reste fidèle. Et ce, même si l’histoire n’est pas aussi palpitante qu’elle pourrait l’être. 

En décrivant le territoire de vos personnages, ajoutez leurs convictions politiques, leurs faiblesses, qu’est-ce qu’ils confieraient à leur meilleur ami sur leur situation actuelle (au moment où se déroule l’histoire) après quelques verres. Décrivez leurs croyances, leurs valeurs, leurs erreurs, leurs goûts, leurs peurs, ce qu’ils mangent, ce qu’ils portent, ce qu’ils n’aiment pas, ce qui les révoltent… leurs secrets.

Vous n’utiliserez pas forcément tout cela, mais de créer une fiche par personnage aidera à assurer leur cohérence et à relever les incohérences qui pourront apparaître.

Votre mission, cette semaine, c’est d’écrire une nouvelle et non un roman de 600 pages, cela limite donc le nombre de personnages.

Roman ou nouvelle, chaque personnage doit avoir une raison d'être pour figurer dans une histoire. La poétesse et romancière, Joyce Carol Oates, aime inviter ses étudiants dans ses ateliers d'écriture à réduire le nombre de personnages comme s'ils étaient des acteurs dans leur film. Il est hors de question de payer une personne à ne rien faire, les budgets sont toujours limités. Elle conseille de toujours se demander si deux personnages ne peuvent pas devenir une seule personne.

Cela me fait penser à la description de la Mètis par Michel de Certeau. Le principe d'économie qui intervient dans le rapport de forces : comment obtenir le maximum d'effets avec moins de forces. Au lieu de multiplier le nombre de personnages, imaginer le maximum d'effets que chacun peut produire.

Une chose importante que nous apprenons en écrivant de la fiction, c’est que nous mettons du temps à connaître nos personnages, peu importe tout ce qu’on écrira sur eux au début, ils réussiront toujours à nous surprendre. Et plus vous apprendrez à les observer, plus vous découvrirez de nouvelles choses sur eux.

Soyez curieux !



Où trouver vos personnages ?

Ce qui aide, c’est de s'inspirer des personnes que nous connaissons. Que ce soit un bon ou un méchant, nos personnages ont tous une facette de notre personnalité. Cela permet de mieux les décrire, les comprendre et ce, même si on désapprouve leurs conduites.

Anne Lamott donne un conseil que je trouve très pertinent et qui était une erreur que je faisais lorsque j’ai commencé à écrire, je protégeais les personnages que j’aimais. Chose à ne pas faire… cela ne fait pas une bonne histoire. Même la meilleure personne a des démons et des combats, et devra vivre avec les conséquences de ses actes. C’est ce qui fait que nous aurons une histoire intéressante à raconter.

Chaque personne a une identité, un territoire… certains l’exploiteront plus que d’autres. J’aime demander à mes étudiants en début de séminaire où se trouvent les terrains qui ont une plus grande valeur. J’ai emprunté cette idée à Todds Henry, un coach qui aide les créatifs à être encore plus créatifs… après que les participants aient nommé différents endroits dans le monde, je leur dis que ce sont les cimetières ! Toutes ces vies parties en laissant un riche potentiel inexploité. 

Une bonne question à se poser… où en est chacun de vos personnages ? Quel est leur territoire et comment l’occupent-ils ?  Sont-ils éveillés ? Sont-ils perdus ? Sont-ils endormis ? Sont-ils meurtris ? Sont-ils en quête… et si oui, en quête de quoi ?

Lorsque nous naissons, nous avons tous un territoire invisible, il se révèlera au fur et à mesure que nous créons notre vie et suivons notre destinée… nous devons ériger une clôture pour le protéger. Lorsque des personnes s’y infiltrent sans avoir été invitées ou essaient d'y exercer une domination, nous devons leur demander de partir. Notre territoire est notre espace vital, notre caractère, nos compétences, nos expériences et notre potentiel encore inexploité.

Imaginez le territoire de vos personnages et ce qui se passe au moment où vous écrivez cette histoire.

En décrivant bien leur territoire, les évidences vont apparaître d’elles-mêmes et vous aurez jusqu’à la fin de votre histoire pour donner votre verdict pour chacun d’eux.

Nos vies se composent de multiples nouvelles, elles sont des collections de courtes histoires.



L’écrivain américain, Andre Dubus, a écrit : 

« J'aime les nouvelles, je crois qu'elles sont comme nous vivons. C’est ce que nos amis nous disent, dans leur douleur et leur joie, leur passion et leur rage, leur aspiration et leur cri contre l’injustice. Nous pouvons passer toute la nuit avec notre ami pendant qu'il parle de la fin de son mariage et nous obtenons enfin un recueil d'histoires sur la passion, la tendresse, l'incompréhension, le chagrin, l'argent ; ces heures et ces jours et ces moments où il était absolument marié, que lui et sa femme s’insultent, boudent chacun dans un coin de la maison ou fassent l'amour. Alors que son mariage était en train de mourir, il travaillait également ; passait des soirées avec des amis, élevait ses enfants ; mais ce sont d'autres histoires. C'est pourquoi, quelques jours après avoir entendu une histoire douloureuse d'un ami, nous le revoyons et nous disons : comment vas-tu ? Nous savons qu’il a peut-être une autre histoire à raconter, qu’il sera au cœur de cette histoire, et nous espérons que ce sera joyeux. »

Une bonne histoire est la chose la plus subjective qui soit. L’important, c’est que le narrateur soit sympathique et que même si on sait qu’il s’agit d’une histoire inventée qu’elle ait été écrit avec sincérité. 

Les personnages sont le moteur de votre histoire, la mayonnaise ne pourra pas prendre sans eux. Je vous laisse à votre mission d’aujourd’hui, créer votre fiche sur chacun de vos personnages.

Histoire à un personnage, deux personnages, trois personnages, créez une fiche détaillée. Ce travail n'est jamais définitif, je continue constamment à ajouter des informations même lorsque je suis en cours d'écriture. Lorsque je doute de la réaction d'un personnage, je reviens à sa fiche et je me demande comment il devrait réagir face à une telle situation ? C'est très utile.

À vous maintenant.

À demain (pour l'intrigue),

Sylvie

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À vous maintenant.

À demain, pour l’intrigue !

Sylvie

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