LES DIALOGUES

 
Semaine blog jour 4-4.jpg

Qu’est-ce qu’un bon dialogue ?

Les dialogues sont une merveilleuse technique pour donner du rythme à votre histoire.

Après une description ou l’explication d’une situation, un dialogue permet de voir comment les personnages réagissent sur le vif.

Ce que nous pensons et ce que nous disons sont deux choses différentes.

Il nous arrive de réagir spontanément et de nous étonner nous-mêmes de la violence (ou la stupidité) de nos réactions.

Imaginez si vous étiez filmé.e chaque fois que vous échangez avec une autre personne.

Lorsque nous lisons un bon dialogue, nous avons l’impression d’espionner. Il n’y a qu’en regardant des films ou en lisant des romans que nous pouvons nous abandonner au voyeurisme sans aucune gêne !

Ah… il a dit ça !
Oh… elle ne se laisse pas faire.
Wow… elle perd le contrôle jusqu’où ira-t-elle ?

Étant donné que les personnages se comportent comme si personne ne les observait, cela rend les scènes palpitantes.

Nous avons l'impression d'entendre ou de voir ce qu'en principe, nous ne devrions ni entendre ni voir.

Les dialogues permettent d'incarner la personnalité de nos personnages, leurs émotions, leur impulsivité, leur fragilité.

Les dialogues permettent également de transmettre des informations pour faire avancer la trame narrative de notre histoire, faire un bond en avant.

Écrire un bon dialogue est un art.

Les dialogues favorisent les confidences, les rebondissements, les taquineries…

De mauvais dialogues toutefois peuvent faire plomber l’histoire en un rien de temps.

La pièce devient soudainement mauvaise et peu crédible.

Le lecteur s’en désintéresse, il n’y croit plus.

Je conseille toujours de relire vos textes à voix haute, mais pour un dialogue, c’est encore plus important. On ne peut pas écrire un dialogue silencieusement ! Il faut le jouer en l’écrivant. Il faut se mettre dans la peau du personnage qui dit ses mots, faire les mêmes mimiques que lui.

Je vous ai parlé de l’importance du vrai, de l’authenticité… un dialogue est le principal véhicule pour nous convaincre de cette sincérité. On entend ses ruses, on perçoit ses insécurités… l’histoire s’incarne dans l'action. Nous devons croire en la fourberie du personnage sinon ce sera un pastiche.

Les dialogues sont la principale courroie de transmission des émotions.

Si les personnages ne sont pas crédibles dans leurs façons d’échanger, nous nous désintéressons de leurs problèmes, nous ne ressentons plus d’émotions envers eux.

Si vous avez pris le temps de bien travaillé vos personnages, il sera plus facile de trouver les expressions justes, les onomatopées appropriées.

Vous traduisez en mots les sons et les rythmes qui donnent vie à un personnage, sa personnalité, ses traits de caractère, ses tics, ses petites manies… en d’autres mots, tout ce qui le rend unique.

Créez votre petit théâtre. Imaginez la scène d’un film. Les acteurs parlent. Lisez vos dialogues à voix haute.

Anne Lamott écrit : « Le dialogue ressemble plus à un film qu’à la réalité, car il devrait être plus dramatique. Il y a un plus grand sens de l'action. Auparavant, avant le cinéma, disons avant Hemingway, le dialogue dans les romans était beaucoup plus étudié, plus orné. Les personnages parlaient d’une manière que nous ne pouvions pas vraiment imaginer que les gens parlent ainsi. Avec Hemingway, les choses ont commencé à se gâter. Bon dialogue est devenu aigu et maigre. Maintenant, entre de bonnes mains, le dialogue peut faire avancer les choses d’une manière qui vous coupera le souffle. »

Vous verrez que lorsque nous commençons à écrire des dialogues, nous devenons très attentifs aux dialogues des films que nous regardons ou à certains échanges.

Vous écoutez comment les gens parlent vraiment, puis vous apprenez, petit à petit, à prendre le discours de cinq minutes d’une personne pour en faire une seule phrase, sans rien perdre.

Anne Lamott écrit : « Si vous êtes un écrivain ou si vous voulez être un écrivain, voici comment vous passez vos journées : écouter, observer, ranger des objets, faire en sorte que votre isolement porte ses fruits. Vous emportez chez vous tout ce que vous avez collecté, tout ce que vous avez entendu, et vous le transformez en or. (Ou du moins vous essayez.)
Deuxièmement, rappelez-vous que vous devriez pouvoir identifier chaque personnage par ce qu'il dit. Chacun doit sembler différent des autres. Et ils ne devraient pas tous sonner comme vous ; chacun doit avoir un soi. Si vous parvenez à bien comprendre leur façon de parler, vous saurez ce qu’ils portent, ce qu’ils conduisent et peut-être même ce qu’ils pensent, comment ils ont été élevés et ce qu’ils ressentent. Vous devez avoir confiance en vous pour entendre ce qu'ils disent sur ce que vous dites. Donnez au moins à chacun d’entre eux une expression : parfois, ce qu’ils disent et comment ils le disent va enfin vous montrer qui ils sont et ce qui se passe réellement. Whoa, ils ne vont pas se marier après tout ! Elle est lesbienne ! Et tu n'en avais aucune idée ! »

« [… ] vous voudrez peut-être essayer de réunir deux personnes qui, plus que tout au monde, souhaitent s’éviter, des personnes qui évitent des villes entières simplement pour s’assurer de ne pas se croiser. [… ] Peut-être qu'il y a quelqu'un comme ça dans votre vie. Prenez un personnage que l'un de vos personnages principaux ressent de la sorte et placez-le dans le même ascenseur. Ensuite, laissez l'ascenseur se coincer. Rien de tel qu'une atmosphère surchauffée pour faire avancer les choses. Maintenant, ils auront beaucoup à dire, mais ils auront aussi peur de ne pas pouvoir contrôler ce qu’ils disent. Ils auront peur d'une explosion. Peut-être qu'il y en aura une, peut-être pas. Mais il y a un moyen de le savoir. Dans tous les cas, un bon dialogue nous donne le sentiment d’espionner, sans que l’auteur fasse obstacle. Ainsi, un bon dialogue englobe à la fois ce qui est dit et ce qui n’est pas dit. Ce qui n’est pas dit restera patiemment à l’extérieur de la porte bloquée de l’ascenseur ou passera comme un rat autour des pieds des personnages, comme des rats. Alors, laissez ces personnages retenir certaines pensées et, en même temps, laissez-les faire exploser de petites bombes.

Si vous avez de la chance, vos personnages peuvent devenir impatients de votre incapacité à suivre tout ce qu'ils ont à dire. C'est à ce moment-là que vous saurez que vous êtes sur la bonne voie. »

Écrire, c’est observer !

Les dialogues ne peuvent pas s’écrire d’avance, les personnages doivent évoluer dans l’histoire et ce n’est pas vous qui détenez toutes les réponses. Vos personnages vous étonneront et diront des choses auxquelles vous ne vous attendiez pas. Ce que nous avons en tête est constitué de fragments épars, de souvenirs qui refont surface, d’observations de ce que nous avons vu et entendu… et tout cela se croise pêle-mêle dans notre tête au moment où nous écrivons.

L'avantage de plusieurs versions

Le danger, c’est de recopier ce que nous avons lu ailleurs ou vu au cinéma. Écrire un premier jet est très utile, car vous vous positionnez en observateur et vous vous laissez guider par vos personnages et l’interaction qu’il y a entre eux. Plus vous écrivez de versions différentes, plus vos débuts de dialogues changent parce que vous commencez à connaître vos personnages de mieux en mieux. Vous savez désormais que cette fille et ce garçon ne peuvent pas s’être dit ce que vous leur aviez fait dire dans votre première version.

Je parle souvent de l’importance des itérations dans mes cours. Que ce soit en design ou en écriture, les choses évoluent et notre travail consiste à apporter les ajustements nécessaires au fur et à mesure que la situation l’exige.

L'importance de la compassion

Un bon écrivain, comme un bon acteur d’ailleurs, éprouve de la compassion pour tous ses personnages. Le méchant a un cœur et des qualités et le bon n’est pas parfait en tout point… il a des défauts comme tout le monde. Plus vous connaissez vos personnages, plus vous pouvez avoir de la compassion pour eux, plus vous pouvez les aimer.
nne Lamott donne cet excellent exemple :

« Vous ne pouvez pas écrire votre compréhension intellectuelle d’un héros ou d’un méchant et vous attendre à ce que nous soyons fascinés. Vous devez probablement trouver ces personnages au sein de la communauté de personnes qui vivent dans votre cœur. Par exemple, pour mélanger les médias un instant, si Anthony Hopkins dans Le silence des agneaux n’avait pas compris émotionnellement le cœur de Hannibal Lector, ses manières n’auraient pas été aussi vraies ni aussi terrifiantes. La première fois que nous le voyons, il est tout simplement là, sans expression, les bras ballants. C'est juste paralysant. Je ressentais l’oppression d’une telle anxiété. Je me sentais comme si mon cou avait développé une vie propre et allait m'attendre dans le hall. Pour avoir cet effet sur nous, Hopkins doit avoir sympathisé avec quelque chose à l'intérieur de Lector, doit avoir compris quelque chose à propos de son cœur.

L’écrivain doit essayer de comprendre chacun de ses personnages de cette manière. La seule chose à faire lorsque le sentiment de crainte et de faible estime de vous-même vous dit que vous n’êtes pas à la hauteur est de l’épuiser en faisant un peu de travail tous les jours. Vous pouvez vraiment le faire, vraiment trouver ces personnes à l'intérieur de vous et apprendre à entendre ce qu'elles ont à dire. »

Imaginons…

« Par exemple, disons que vous avez un personnage principal dont les sentiments peuvent être blessés si on lui parle brutalement — contrairement à vous, ha-ha-ha. Disons qu'il est aussi un peu comme vous dans le sens où, lorsqu'il devient un peu déprimé ou tendu, il se dirige vers de la viande grasse et de l’alcool. Donc, il est peut-être aussi un peu en surpoids — pas que vous soyez en surpoids. Je suis sûr que votre poids est bien. De toute façon, faisons de lui quelqu'un qui travaille dans un bureau, quelqu'un qui se fait dorloter — que pourrait-il dire qui nous laisse voir cela ? Habillons-le avec précaution, car il se peut que nous devions l’humilier dans une minute. Par exemple, nous pouvons voir à la précision du nœud de sa cravate que sa femme l’a nouée ce matin. Ses vêtements, sa bague et ses chaussures vont tous parler, et ils vont nous aider à découvrir qui il est, mais plus important encore, il va dire des choses à sa secrétaire, à ses correspondants et aux personnes avec qui il travaille, et ces gens vont lui dire des choses, et nous voulons entendre les deux côtés de ces conversations. »

Anne Lamott nous demande d’écrire, par exemple, comment il décrit sa journée à sa femme, ce qu’il dit et ce qu’il néglige de mentionner. Vous tentez donc de capturer cela en essayant de le retrouver dans votre psyché, cette personne à qui on a fait un reproche, dont la peau est un peu mince, dont les sentiments sont facilement blessés. Vous écrivez un premier brouillon et vous le laissez dormir. Le lendemain, vous ne gardez que ce qui sonne juste, vous rayez tout le reste. Ensuite, vous revenez en arrière et réécrivez.

Personne ne lit vos premiers brouillons, ils ne sont que le début du processus… vous ignorez encore tant de choses sur tout ce qui se déroulera dans cette histoire.

Vos personnages de base ne sont que le squelette d’eux-mêmes encore. Ils ne sont pas étoffés comme doit l’être un bon personnage.

Anne écrit : « Notre inconscient nous fournit de vraies personnes en chair et en os, crédibles. »

Il faut juste se détendre et les laisser émerger, c’est comme une forme d’auto-hypnose. Et comme pour toute chose, plus vous pratiquez, meilleur vous devenez.

« Essayez de vous rappeler que dans une certaine mesure, vous n’êtes que le dactylographe. Un bon dactylographe écoute. »

Heureusement, votre mission consiste à écrire une nouvelle pas un roman !

Pourquoi ne pas vous amusez à écrire au moins un dialogue… que pour le plaisir ! Vous connaissez les secrets, il n’y a pas de formule simple, il faut observer, écouter et transposer. J’aime bien ces exercices, car même si on ne publie jamais d’histoire, s’exercer à en écrire, c’est apprendre l’empathie et la communication.

Pour conclure, j'emprunte un dialogue partagé par une des membres dans le groupe privé de l'atelier Réussir son blog

L'auteure : Émilie Roche (en conversation avec son voisin)

Moi- Tu sais quoi je suis allée me faire bronzer hier sur les rochers au petit nice et je n'ai pas compris, il y avait un monde fou et pas un(e) seul gros pas un(e) seul moche...que des  gens beaux et minces, c'est quoi ce bazar ? Le culte de l'image est tellement fort ici que les autres  n'osent pas venir ou quoi ? 

JM- Ben ça dépend tu y es allée à quelle heure ? 

Moi- Oh je sais pas vers l'heure de l'apéro 

JM- Et ben...

Moi- Et oui bien sûr, les gros étaient en train de prendre l'apéro  !

JM: C'est logique !

😀

À demain (pour les décors),

Sylvie

💛Pas encore abonné à mes emails privés ? Rejoignez-nous pour ne rien manquer 💌 et profiter d’escomptes réservés à mes abonnés lors des lancements des cours de La Nouvelle École de Créativité.

PS Si vous n’avez pas encore de blogue ou souhaitez améliorer celui que vous avez, profitez de mon cadeau, je vous offre un escompte pour vous encourager à continuer à écrire et à publier, voici le lien Réussir son blogue N'oubliez pas d'ajouter votre code : AMIS.